Osaka, Japon - L’Ethiopien Kenenisa Bekele a effacé hier, lors de la finale du 10.OOO m des Mondiaux d’Osaka, sa terrible mésaventure des championnats du monde de cross country de Mombassa, au cours desquels, il s’était trompé sur le nombre de tours et avait dû céder son titre à l’Erythréen Zersenay Tadesse. C’est face à ce même adversaire que le champion éthiopien a signé un troisième sacre mondial au 10.000 m, prenant ainsi une belle revanche sur le sort qui l’avait privé sur le sol kenyan, d’une autre consécration internationale. Bekele ne s’est pas beaucoup manifesté au cours de la saison et du coup, il a joué gros face à des adversaires plus affûtés comme son compatriote Sileshi Sihine, meilleur performeur de la saison avec 26’48’’73. C’est fort de cela, d’ailleurs, que Bekele a laissé l’initiative de la course à l’Erythréen Tadesse, puis au Kenyan Martin Irungu Mathathi. Mais en véritable patron, il a attendu les deux derniers tours pour placer son fameux sprint qui a étouffé tous ceux qui s’aventuraient à le suivre. En 27’05’’89, Bekele a remporté la finale devant le fiancé de Tirunesh Dibaba, son compatriote Sihine (27’O9’’03) et le Kenyan Mathathi (27’12’’17).
L’Afrique peut aussi revendiquer sa part dans le sacre du Portugais Nelson Evora qui s’est imposé au triple saut en réalisant 17,74 m. Né au Cap-Vert, il a grandi en Côte d’Ivoire avant de s’installer au Portugal. Lors d’un concours très relevé, le jeune Portugais de 23 ans, a devancé des grands noms de la discipline comme le Brésilien Jadel Gregorio (17,59 m) et l’Américain Walter Davis (17,33 m). Le nouveau champion du monde qui a agrémenté son titre d’un record national, a « tué » le concours à son troisième essai.
Par contre, aucun Africain n’était présent dans la finale du lancement du marteau qui a été une confrontation rude entre les « anciens frères » de l’Europe de l’Est. Ils continuent de dominer cette épreuve, même si le Japonais Koji Murofushi, héros national depuis son sacre olympique, a essayé, hier, de se mêler à la lutte. Finalement, c’est le Biélorusse Ivan Tsikhan, avec une meilleure performance mondiale de 83,63 m qui s’est adjugé l’or devant le Slovène Primoz Kozmus (82,29 m) et le Slovaque Libor Charfreitag (81,60 m). Le Japonais Murofushi, en dépit du soutien inconditionnel du public du stade de Nagai, n’a pu terminer qu’à la 6e place après avoir propulsé l’engin à 80,46 m. Et il a bien reçu l’ovation de ses compatriotes qui ont l’esprit très sportif.
Les femmes ont bouclé la journée avec une finale du 100 m qui s’est courue en 11 secondes, mais a dû attendre 10 minutes pour rendre son verdict. La raison est toute simple, trois ou quatre sont arrivées ensemble sur la ligne d’arrivée et la photo finish a dû déployer tout un trésor d’ingéniosité pour donner le podium. L’Américaine Torri Edwards, sacrée à Paris en 2003 avant d’être sous les feux de l’actualité pour dopage, a d’abord été déclarée vainqueur, puis sa compatriote Lauryn Williams (championne en titre), avant que la Jamaïcaine Veronica Campbell (meilleur performer de la saison) ne soit finalement sacrée. Mais, avec le même chrono de 11’O1 que la championne sortante. La troisième place est revenue à l’autre Yankee, Carmelita Jeter (11’02). Torri Edwards arrive en 4e place. La Française Christine Arron se classe 6e. La Nigériane Oludamola Osayomi qui a fait un parcours remarquable a terminé à la 8e place ; mais, avec l’espoir de faire bientôt partie des bolides du circuit féminin mondial. La Jamaïque pouvait ainsi se remettre de la déconvenue, la veille, d’Asafa Powell, vengé par Campbell qui est, ironie du sort, une compagne d’entraînement du champion américain Tyson Gay.
La Kenyane Eunice Jepkorir ( 9’20’’09), en l’absence de l’Ougandaise Dorcus Inzikuru, a donné à l’Afrique une médaille de bronze au 3000m steeple qui a vu le sacre de la Russe Yekaterina Volkova (9’06’’57) devant sa compatriote Tatyana Petrova (9’009’’19).
Les autres temps forts de la journée d’hier ont été les demi-finales du 400m féminin. Aucune Africaine n’a réussi à décrocher un visa pour la finale qui, avec l’absence de l’Américaine Sanya Richards, confirme qu’elle sera très ouverte. La Sénégalaise Amy Mbacké Thaim, sortie sans gloire au premier tour, la veille, doit avoir beaucoup de regrets, car elle avait bien sa place parmi les huit filles qui seront présentes, demain, sur la ligne de départ. Cependant, elle suivra de loin la finale, car elle a quitté Osaka dès dimanche soir. La Jamaïcaine Novlene Williams (49’’66), l’Anglaise Nicola Sanders (49’’77) et la Russe Natalya Antyukh (49’’93) ont signé les meilleurs chronos des demi-finales. La Mexicaine Ana Guevara, championne à Paris en 2003, reste en embuscade, alors que les Américaines Deedee Trotter et Mary Wineberg paraissent se contenter d’avoir privé leur compatriote Sanya Richards d’une sélection. L’autre Américaine, Natasha Hasting a été éliminée en demi-finale. La Botswanaise du CIAD, Amantle Montsho, en 50’’90, a amélioré son record national. Elle a raté de peu la finale, en se classant 3e de sa demi-finale, alors que seules les deux premières des trois demi-finales et les deux meilleurs temps étaient retenus pour disputer la finale. A 24 ans, elle a tout pour marcher sur les pas de la Sénégalaise Amy Mbacké Thiam. Les demi-finales du 1500 m masculin ont aussi donné lieu à de rudes batailles sur la piste et certainement vont se poursuivre dans les bureaux avec la disqualification du Français Mehdi Baala qui s’était qualifié au temps. Mais, tout le monde a constaté que le Français a usé des coudes pour sortir de l’étau et faire chuter deux adversaires. Sinon les ténors comme Ramzi, Lagat, Well sont passés.
Au saut en hauteur, le Botswanais Kabelo Kgosiemang, en franchissant 2,29m, a bien gagné une place pour la finale. Ce que la Française d’origine Sierra léonaise, Eunice Barber, n’a pas pu réaliser à la longueur, éliminée lors les qualifications pour la finale.
Les finales du jour
Hommes : Disque, 3000m steeple, 400m haies . Dames : Perche, 800m, Longueur
Dans le camp sénégalais Ndiss Kaba et Abdoulaye Wagne, derniers espoirs
Osaka, Japon- Avec la sortie prématurée d’Amy Mbacké Thiam, dès le premier tour, alors qu’on l’attendait sur le podium, le camp sénégalais s’est réveillé avec la gueule de bois. La déception est encore grande face à cette blessure qui a du mal à se cicatriser. Mais contre mauvaise fortune, bon cœur ... ce que semblent adopter les membres de la délégation, conscients qu’à l’heure du bilan, la « chute » de la championne du monde de 2001 va porter un coup dur à l’athlétisme sénégalais. Osaka 2007, n’est du reste que le prolongement des revers enregistrés à Alger, lors des Jeux africains, avec une seule médaille d’or au triple saut par Ndiss Kaba et une d’argent à la perche avec le « vétéran » Karim Sène, encore compétitif sur le continent.
Les juniors sont également passés à côté à Ouaga, lors des championnats continentaux, avec une unique médaille de bronze au 110 m haies. Ces résultats sont assez révélateurs des difficultés dans les quelles se trouve l’athlétisme sénégalais.
A Osaka, les derniers espoirs reposent sur Ndiss Kaba Badji, engagé à la longueur et le spécialiste du 800 m, Abdoulaye Wagne. Ils ont la responsabilité de redresser une barque qui tangue. Mais, sans trop d’illusion, tant le niveau des épreuves où ils sont engagés est relevé. Ndiss Kaba qui revient d’un cauchemar de 2 ans de suspension pour dopage a prouvé qu’il a encore du talent, car sa première grande compétition internationale a été marquée d’un titre continental au triple saut avec à la clé un nouveau record national. Il a ainsi fait passer de vie à trépas le vieux record de feu Mansour Dia qui remontait aux jeux olympiques de 1972 à Munich en Allemagne. Quelques jours auparavant, à Alger même, Ndiss avait gagné son ticket pour Osaka, en réalisant 8,11m à la longueur. Compte tenu d’un manque de compétition, il a choisi de participer seulement à cette dernière discipline. Une tâche difficile l’attend, car les meilleurs spécialistes, à l’exception du Ghanéen Ignisious Gaisah, sont à Osaka. Ndiss Kaba dont la meilleure performance est 8,20m devra ainsi se sublimer pour passer les qualifications. Abdoulaye Wagne, 4e lors des jeux d’Alger avec un chrono de 1’46’’12, n’est pas non plus gâté, avec tout ce que le double tour compte de champions présents aux Mondiaux japonais. Avec des athlètes qui tournent à moins de 1’45’’, l’athlète sénégalais qui vit en Italie devra puiser dans ses ressources pour dépasser sa meilleure performance qui reste calée à 1’45’’08. Il tarde à confirmer ce temps qui était plein de promesses. A défaut de monter sur le podium, Ndiss et Wagne devront tout faire pour faire oublier « le dimanche noir du Sénégal à Osaka ».
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