Ambiance fin de règne paisible dimanche, au Sofitel de la Porte de Versaillles. Comme si les cadres du XV de France présents et bientôt retirés (Laporte, Maso, Pelous et Ibanez) avaient pris une cuite d'adieu la veille, avec son lot de mélancolies et de regrets qu'on se refuse à avouer. Mais ce n'était pas une cuite. C'était une défaite contre l'Angleterre en demi-finale de Coupe du monde. Encore une.
Alors, on ne peut se contenter de l'argument, qui promet d'être éternel, selon lequel «c'est juste la faute à pas de chance et à la cuillère sur Vincent Clerc» (Laporte). Un soir de défaite, ok, mais le lendemain, on attends un peu plus de réflexion sur le système de jeu français. Ses bons côtés et ses limites. Ses limites surtout.
«Les défenses ont pris le dessus sur le rugby moderne»
Pour ne pas se dire, comme Bernard Laporte, que «le match a été scellé à partir du drop de Wilkinson». Il restait alors six minutes et cinq points à rattraper pour obtenir une prolongation voire la gagne. Un essai, c'est rien et c'est beaucoup, mais avant c'était tout pour les Bleus. Et Laporte de reconnaître: «on est pas content de ne pas avoir marqué d'essais et je ne suis pas convaincu que ce match a fait plaisir à grand monde sur la planète de l'ovalie. Mais les Anglais ont été champions du monde en en marquant moins d'essais que nous il y a quatre ans. Le problème, c'est que les défenses ont pris le dessus dans le rugby moderne».
Alors? «Alors, je ne pense pas qu'on se soit trompé de stratégie. On a rendu trop de ballons au pied, on s'est trop acharné en vain à progresser sur des groupés pénétrant. Mais il fallait jouer au pied. La stratégie, ce n'est pas qu'occuper le terrain, c'est aussi jouer les coups à fond. Comme contre les Néo-Zélandais. Sauf que là, il n'y avait pas de failles...» La solution résiderait alors dans un retour aux vieilles valeurs, tout en inspiration et spontanéité, se prend-on à rêver. Pour créer des failles...
En fait non. La solution serait plutôt dans «la réflexion des législateurs sur l'avenir du jeu. Marquer des essais devient secondaire lors des grands matchs», explique Laporte, sans préciser plus avant sa pensée (barême de points différent, nouvelles règles autour des mauls ou du hors-jeu?).
Michalak pour plus de jeu à la main
Quelques minutes plus tôt, dans les couloirs du Sofitel, Fred Michalak avait pourtant repris le flambeau de la timide rébellion solitaire, allumé par Jauzion la veille, sur le manque de jeu. L'ouvreur stigmatisait cette d'occupation du terrain «qui marche contre les Blacks, car ils relancent et on peut les cueillir puis les contrer. Mais les Anglais, eux, ils tapent et après ils nous cueillent».
On pensait trouver en Fabien Pelous et Raphaël Ibanez deux capitaines quasi-retraités internationaux capables de prendre du recul sur l'histoire. Leur déception est mesurée et digne. «Il y a encore du rugby après ça. On ne va plus passer notre temps à se poignarder», philosophait le talonneur. «J'ai vécu 34 ans sans être champion du monde, je m'y suis plutôt habitué», répondait en écho le deuxième ligne. Mais de pertes de repères dans le jeu à la française, il ne fut point question.
Du professionnalisme selon Pelous et Ibanez
Tous deux ont connu le passage de l'amateurisme au professionnalisme en 1995, au début de leur carrière. Et ont tenu à assurer que les deux rugby sont «aussi beaux à jouer l'un que l'autre». Mais quand on leur demande de définir cette évolution, ces deux Dacquois formés à l'esprit clocher glissent vers la nostalgie, sans pour autant céder à l'amertume réactionnaire.
«Avant, le rugby n'était qu'un prétexte pour vivre une aventure collective. Maintenant, c'est un sport où la victoire prime sur le reste», constate Pelous. Alors qu'Ibanez proverbialise: «L'amateurisme, c'était s'entraîner deux fois par semaine pour finir les matchs à 7h du mat'. Le professionnalisme, c'est se lever à 7h du mat' pour s'entraîner cinq fois par semaine». Et c'est aussi oublier peu à peu les fondements du french flair... pour perdre contre les Anglais en essayant de jouer comme eux.
Laporte: «Il faut que les législateurs se penchent sur l'avenir du jeu»
lundi 15 octobre 2007
Publié par isaetdavid à 02:10
Libellés : rugby, XV de France
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